The first two chapters of the book (French)
RENDEZ VOUS SORCIER AVEC CARLOS CASTANEDA
VERONIQUE SKAVINSKA
Chapiter 1
« Et un beau jour il accomplit un acte pratiquement impensable à accomplir ordinairement.
Il se peut qu’il ne se rende pas lui-même compte de son extraordinaire exploit »(VOIR, Carlos Castaneda, Paris, 1973, éd. Gallimard, p 140)
Manhattan étincelait comme un faisceau de cristaux de quartz. Les aiguilles de verre s’ouvraient pour absorber le ciel. En travers de la baie, la statue dela Liberté allongeait son ombre sur quelques minuscules remorqueurs. JE devais réussir.
Mais comment ? Toutes les personnes consultées m’avaient prévenue ; impossible ! Il était totalement impossible de rencontrer Carlos Castaneda si l’initiative ne venait pas de lui. Et il n’avait aucunement décidé de me recevoir. Pas la moindre réponse à mes lettres.
J’avais demandé à l’hôtesse un siège près du hublot. C’était la première fois que je venais à New York. Les occasions de faire le voyage n’avaient pourtant pas manqué. Journaliste à Paris-Match, j’avais été missionnée pour y réaliser un interview d’une personnalité universitaire. Ma célébrité fut brusquement obligée de quitter la ville. A la dernière minute le rendez-vous fut reporté à une date ultérieure. Date qui n’a jamais été fixée. Pendant les dix années où je vécus à Londres avec le compositeur Vangelis Papathanassiou, il fut souvent question de nous embarquer pour le Nouveau Monde. Toute carrière musicale se doit d’obtenir un jour ou l’autre l’assentiment et la sympathie des Américains. Au grand désespoir de son manager et des dirigeants de sa maison de disque, jamais Vangelis me consentit à traverser l’Océan.
Même sa nomination aux Oscars en 1982 pour la superbe musique du film de Hugh Hudson LES CHARIOTS DE FEU ne parvint pas à arracher ce génie des synthétiseurs à l’enracinement européen.
Après notre séparation, je m’installai de nouveau à Paris. Le voyage aux Amériques apparut à nouveau à l’horizon. J’avais été invitée à me rendre au Canada pour une affaire éditoriale.
Au dernier moment l’opération fut reportée. Cette succession d’obstacles était décidément agaçante. Mais cette fois, rien ni personne n’avait pu m’empêcher de faire le voyage, comme s’il s’agissait de réaliser mon vieux rêve. En fait, j’y venais sur commande. Et pour y mener à bien toute autre chose qu’une aventure de touriste.
Après un large cercle au-dessus de la ville, le jumbo de la T.W.A se posa lourdement sur la piste de John Fitzgerald Kennedy Airport. Mon bagage passa la douane sans encombres.
Je trouvai tout de suite un taxi ; il était jaune, démesuré, aux dimensions du pays. Il glissa en silence sur le ruban de l’autoroute. Je me laissai emporter sans penser, toute à l’étrangeté d’être ailleurs, perdue dans l’immensité d’un continent qui dessinait ses lignes de force mobile : courbes rapides des échangeurs, voies circulantes à double sens, câbles électriques sciant le ciel.
Soudain il y eut un grand pont. Une bouffée d’enthousiasme gonfla ma poitrine. C’était de bon signe. D’un coup, l’espace s’engouffra entre deux murailles de béton. Nous étions en ville.
La voiture s’arrêta au coin de la seconde Avenue et de la 47° rue. C’était presque trop rapide cette arrivée.
Aimel m’avait dit : « surveillez les moindres détails. » Est-ce que c’était cela les détails à surveiller ? Elle les démêlait si bien, elle ! J’en avais transformé son nom. JE l’appelais secrètement « Elle démêle », avec autant d’amusement que d’envie…
Le portier de l’immeuble-bureau uniforme m’annonça solennellement que j’étais attendu au douzième étage.
Est-ce qu’elle aurait compté cela comme signe ?
Gunilla m’accueillit dans un affectueux fracas d’effusions. Depuis des années je n’avais pas revue mon explosive amie suédoise. Nous avions travaillé ensemble à Paris, auprès de Marie-Thèérèse DE Brosse dont l’expérience et l’amitié avaient guidé mes premiers pas de journaliste. A Paris-Match c’était étonnant de trouver dans une des grandes rédactrices une personne comme elle, sensibilité à tous les problèmes de la connaissance, au point qu’elle devait devenir, pus tard, la légataire des travaux de Raymond Abellio.
C’était un peu sous son égide que Gunilla et moi étions devenues d’intimes amies.
Il me semblait que nos retrouvailles se plaçaient ainsi sous la haute main de la connaissance.
Emigrée aux Etats-Unis, Gunilla avait épousé en même temps un titre de noblesse et un homme d’affaires, l’un et l’autre bien français. Collectionneur d’art primitif, le Comte de Montaigu avait rassemblé dans son petit appartement une impressionnante peuplade de puissances masquées. Il avait fallu quasiment partager le dîner avec elles.
Roland et Gunilla se retirèrent tôt dans leur chambre, me laissant à la merci de cette sombre foule grimaçante.
J’arrangeai les coussins du canapé à même la moquette du salon pour me fabriquer un matelas de fortune dans le peu d’espace que me consentait cette décoration sauvage.
J’avais à peine éteint la lampe que la horde sorcière se mit à grandir dans la pénombre.
Les lueurs de la ville filtrées par les stores allumaient fantômatiquement les masques et les statues précolombiennes qui peuplaient le salon.
Au-dessus de ma tête, une face planait comme une lune noire dont le regard absent me visait.
Un vieillard buriné m’épiait derrière les plis moqueurs de ses paupières. Une furie empanachée proférait des menaces dont je croyais entendre les grincements. Hommes et femmes, panthères et chacals, lions aigles et faucons m’enserraient dans le tourbillon de leur horde guerrière. Un coup de klaxon déchira la nuit. En plein cœur de New York ? Des sorciers ? Quel délire était-ce ? Quelle folie ? Ce n’était qu’une collection d’oeuvres d’art. Mes amis vivaient avec elles tous les jours. Fallait-il que je sois absurde pour me croire la proie d’une manipulation de fétiches ! Ces objets de musée n’avaient rien à me dire ? C’était mois qui me parlais toute seule. Aussi dans quelle aventure m’étais-je embarquée ?
S’il y avait de la folie quelque part, elle était bien là : dans l’initiative qui m’avait fait prendre l’avion et atterrir ici. Qui étais-je pour obliger Carlos Castaneda à me recevoir ? Lui, un écrivain illustre, connu dans soixante-dix pays du Monde, véritable idole aux Etats-Unis. Si célèbre qu’il fuyait systématiquement tout contact avec la presse. Et je ne venais même pas de la part d’un grand journal français. Je n’avais pas la moindre carte de visite pour m’annoncer. Existait-il seulement ? Peut-être n’était-ce qu’un mythe…Certaines personnes doutaient de sa réalité, comme on doute de celle d’Homère ou de Shakespeare… Et moi qui me lançais à sa recherche…
Celui qu’il me fallait rencontrer c’était le Carlos Castaneda culturellement connu pour avoir été étudiant en anthropologie à l’Université de Californie de Los Angeles en 1960. il avait choisi pour sujet de doctorat l’usage traditionnel des plantes hallucinogènes en Amérique Centrale et avait publié sa thèse sous le titre L’HERBE DU DIABLE ET LA PETITE FUMEE. Quel Succès ! Une génération toute entière avait appris par cœur les enseignements de Don Juan. Etrange célébrité ! Au lieu de rendre familier le visage de l’idole, elle l’avait pratiquement escamoté. Aucune photographie ne nous a montré l’écrivain Carlos Castaneda vu par quelque grand spécialiste de la plaque sensible. Ni Avedon, ni Cartier Bresson, ni Penn, pas la moindre image.
Aucune concession à la gloire, à la pression fantastique de la curiosité des masses. L’écrivain préservait son incognito sur les conseils du vieil Indien qui l’avait initié à la sorcellerie. Je le savais. Je pouvais fort bien imaginer ce que signifiait cette fuite. Il suffit d’avoir lu ses livres pour s’en faire une idée. C’était tout simple : cet homme disposait de moyens magiques pour échapper aux regards et sauver sa liberté. Il y avait de quoi m’inquiéter.
Tant de jeunes gens, après avoir dévoré ses livres, s’étaient jetés à sa poursuite, sans succès. Par charters entiers, ils avaient envahi le Mexique, cherchant Don Juan ou son disciple et ne trouvant ni l’un ni l’autre.
J’y songeais tout en essayant d’apaiser en moi l’inquiétude tombée des totems qui dominaient la pièce. Il me fallait interpréter leur présence comme un présage favorable. Je viens à New York, dans le seul but de débusquer un mystérieux individu qui passe son temps à se cacher au cœur du désert mexicain et j’arrive tout juste dans un sanctuaire aztèque. De vénérables bouddhas, des sphynx égyptiens n’auraient pas eu cet air de complicité qui me tenait éveillée.
J’avais peur. Castaneda est un homme dangereux ? Universitaire, il a pulvérisé les remparts de l’objectivité scientifique en acceptant le bien-fondé de la pensée magique. Sa démarche scandaleuse a suscité des commentaires contradictoires. Pour certains il est devenu le plus grand anthropologue depuis Margaret Mead et Claude Lévi-Strauss. Pour d’autres, il ne serait qu’un faible d’esprit qui s’est laissé berner ? la plupart de ses collègues le considèrent comme un tricheur de génie, un romancier débordant d’imagination et de fantaisie. Don Juan serait un personnage inventé de toutes pièces. Carlos Castaneda a vivement protesté contre cette interprétation. Il l’a fait dans une interview accordée en 1972 au magazine PSYCHOLOGY TODAY :
« L’idée que j’ai concocté un personnage comme Don Juan est inconcevable. Il n’est sous aucun aspect le genre d’être que ma tradition intellectuelle européenne m’aurait conduit à inventer. La vérité est bien plus étrange. Je n’ai rien créé. Je ne suis qu’un reporter. »
Ce reporter avait si bien pris fait et cause pour la Connaissance prônée par Don Juan qu’il s’était transformé lui-même en sorcier. Depuis vingt ans déjà, il était passé avec armes et bagages dans le camp de la redoutable sorcellerie mexicaine. Il avait maintenant remplacé Don Juan auprès du clan qui maintient vivantes les traditions guerrières des Toltèques. Il était devenu leur Nagual. Leur chef spirituel. Leur maître !
Aimel m’avait dit qu’il n’était pas aussi puissant qu’il le croyait. Elle ne le redoutait pas. C’était facile à dire, de Paris. Fallait-il que je sois crédule ! Je m’étais laissé emberlificoter dans ses raisonnements. Elle avait l’air si sûre d’elle. Comment pouvait-elle penser, à distance qu’elle était capable de déjouer les ruses d’un sorcier mexicain qu’elle ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam ? Et moi qui m’étais laissé convaincre que la chose était possible, normale, voulue, par je ne sais quel dispositif de la sorcellerie internationale !
Il n’y a pas six mois, je ne la connaissais même pas, cette femme. Et voilà que j me comportais comme si j’avais été de t tout temps sa disciple. Je n’arrivais plus à croire que les leçons reçues à Paris fussent de taille à tenir le coup en face des extraordinaires pouvoirs dont les enseignements avaient doté Castaneda. Je n’étais pas vraiment à la hauteur pour braquer sur un tel homme le désir saugrenu de le rencontrer. Je m’étais laissé piéger par la conviction d’Aimel Helle. Elle était sûre que je réussirais.
Les livres de Carlos Castaneda, je les avais tous lus. Et même plusieurs fois depuis longtemps et récemment encore pour me préparer à cette expédition. D’emblée j’avais éprouvé une grande sympathie pour l’auteur. Cet homme avait eu le courage de se soumettre à un apprentissage féroce. Il avait tenu bon tout au long d’une aventure à laquelle il avouait ne rien comprendre. Bien qu’ayant obtenu un doctorat, il avait renoncé à sa chaire pour mener une vie conforme aux principes qu’il avait adoptés. Il n’avait pas de domicile fixe, ne rencontrait jamais de journaliste, annulait ses rendez-vous au dernier moment. Nul ne savait jamais où il allait et venait.
Et il fallait que moi, parce qu’Aimel l’avait dit, je parvienne à le débusquer. Dépenser une petite fortune d’argent, de temps et d’énergie pour remettre à un homme invisible le message d’une femme que je connaissais à peine !
Quelle absurdité ! Je ne comprenais plus comment j’avais accepté de croire à la logique d’une pareille gageure.
Moi, si je ne comprends pas, j’ai peur, je suis paralysée. Comment avais-je pu prendre au sérieux une mission impossible au nom de certaines nécessités relevant de la Connaissance, nécessités dont j’étais incapable de dire si elles existaient ou non ?
Ou ces exigences initiatiques étaient aussi vraies que les buildings de Manhattan, ou elles étaient illusoires et j’allais à la catastrophe. Car c’était clair, je ne me relèverais pas de cette chute dans l’utopie. Toutes les forces d’intuition dont je suis capable m’en avaient avertie. C’était ma vie qui en dépendait.
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Chapitre 2
Je ne pouvais pas dormir. Malgré moi, les souvenirs m’assaillaient. Ils défilaient de leur propre gré, se mêlant aux fantômes des statues toltèques, péruviennes et incas. Ce panthéon de l’art primitif déversait sur moi sa troublante inquiétude millénaire.
« Vous devriez consulter un rabbin » m’avait dit le médecin. Ce conseil m’avait surprise, dans la bouche d’un praticien catholique.
Une rare maladie de sang m’avait, l’année précédente, conduite jusqu’à lui. Condamnée par la médecine hospitalière, ne pouvant que choisir entre des traitements mutilants et la destruction par hémorragie, j’avais opté pour la fuite. Un puissant instinct de survie m’avait éjectée de l’hôpital, un soir d’automne et d’impatience. Piquée, ponctionnée, entaillée, pupilles dilatées, j’avais pris la poudre d’escampette. Seule, au volant de ma voiture, je courais le risque d’être prise pour une droguée, avec mon aspect délabré, arrêtée, jetée en prison.
Mais je le savais, je savais que j’allais m’en tirer. Où ? Comment ? Je n’en avais pas la moindre idée. L’homéopathe-acupuncteur qui me suivait avait, pour sa part, déclaré forfait.
Maintenant j’étais à New York. A Paris, j’habite avenue de New York. Est-ce une coïncidence qui a un sens ? Fallait-il venir à New York ? J’ai peur de tout ce qui risque d’avoir un sens. Je me tourne et je me retourne sur ma couche au ras du sol.
J’avais appelé mon amie Maria. Une heure plus tard, elle m’annonçait que j’avais rendez-vous le lendemain chez le médecin vers qui elle dirigeait les leucémiques dont elle s’occupait. Sa force de persuasion avait fait des miracles, le carnet du docteur C. était complet pour six mois.. elle m’avouera par la suite avoir été inspirée par un rêve où elle me voyait mourir.
Dire que tout était parti de là !
Quatre mois plus tard, jugulé le risque d’hémorragie, j’écrivais un livre sur l’argile ! Mon expérience devrait pouvoir aider d’autres personnes. Les mots maladie, soin, guérison avaient acquis pour moi le sens d’épreuve, combat, victoire et transformation. Une médecine naturelle était en train de restructurer mon terrain. J’aimais que le sujet commandé par Miche Lafon, éditeur amical, traite de l’argile. Terre fondatrice, elle contient en puissance tout ce qui existe et vit sur la planète. Pourquoi, comment l’argile est-elle guérisseuse ? Qu’en pense la Bible ?
E, cette soirée de mars 1985, sans scrupule, volant son temps, j’assomais mon toubib de mille questions.
-Non, pas un rabbin, se reprit-il. Interrogez plutôt un cabaliste. Tiens !Il y a quelqu’un à qui vous pourriez vous adresser.
Aimel Helle…
-Aime quoi ?
-C’est son nom. Aimel Helle.
-Quel drôle de nom.
-C’est aussi une drôle de femme.
-Où puis-je la trouver ?
-Je n’en sais rien.
-Elle écrit ?
-Je ne peux vous le dire …
Il me donna un nom que je n’avais jamais entendu nulle part. Celui d’un écrivain inconnu. Tant de gens savent des choses dont personne ne s’aperçoit. Cela me changerait des universitaires et des spécialistes dont j’avais recueilli les sapiences avec méthode et obstination durant des semaines. Un plongeon biblique me rafraîchirait l’esprit. C’est ainsi qu’un lundi matin j’appelai une bibliothèque où je me fournissais parfois en lectures ésotériques.
-Avez-vous des ouvrages de… ?
-Bien sûr, répondit avec sympathie une voix féminine.
-Pouvez vous me donner le nom de son éditeur ?
-Pour quoi faire ?
La question me surprit, soudain méfiante.
-Je fais une recherche sur l’argile et j’aimerais rencontrer cette personne.
-Avez-vous lu ses livres ?
-Non pas du tout.
-Peut-être devriez vous commencer par là.
-Bon j’arrive.
-Normalement la boutique est fermée. Je ne faisais qu’y passer. Mais si vous venez tout de suite…
Je dégringolai mes huit étages, mis en marche ma Samba toute neuve et filai sur Montparnasse. A la librairie LE FIL D’ARIANE, je fus acceuilli par Christiane Bainaud, bleu aigu du regard dans un visage de pietà. Elle m’attendait avec une attention qui n’avait rien de commercial. Elle me conseilla deux livres. Puis à ma grande surprise, elle m’apprit qu’elle venait de parler à Mme Helle.
-Lisez d’abord cela. J’essaierai de vous obtenir un rendez-vous. Je ne vous promets rien. Il n’est pas sûr qu’elle vous reçoive, même si je le lui demande.
C’est très difficile.
Cette prétention à l’isolement m’étonnait beaucoup. Quel intérêt de se couper des autres lorsqu’on n’a pas d’audience ?
Aucun journal, et j’en lis beaucoup, ne m’avait appris son nom.
Je fréquente des lieux dits spirituels, j’évolue dans un milieu où on se pique d’ésotérisme, et je n’avais jamais eu vent de son existence. Cependant, j’étais curieuse, frappée par la facilité avec laquelle j’avais trouvé d’emblée le chemin qui pouvait conduire vers elle.
Un médecin me prescrit de rencontrer un ésotériste, je sonne à la porte de la première librairie venue. Normalement, le magasin aurait dû être fermé, un lundi à Paris. Voilà qu’il est ouvert. J’appelle pendant que la directrice y faisait un saut inhabituel. Et cela semblait tout juste et le bon moment et le bon endroit. Je me sentis projetée vers cette inconnue. Pourquoi refuserait-elle de me recevoir ?
Rentrée chez moi, je m’installais sur les coussins qui constituaient l’essentiel de mon mobilier au coin de l’une des deux baies vitrées surplombant la moitié sud de la capitale.
LE spectacle était grandiose. Péniches et bateaux-mouches rythment l’écoulement de la Seine. Les mouettes virent et piquent dans l’immensité du ciel, les pigeons les moins gras atteignent parfois mon balcon tandis que la tour Eiffel n’en finit pas de se pousser du col.
des deux ouvrages rapportés en pâture, le plus épais excitait mon appétit. Son allure scientifique s’accordait a priori au style de ma quête. Dès la première page, al complexité de la langue me surprit. Les mots, que l’auteur ne mâchait guère, possédaient touts plus de trois syllabes. Le suivi du raisonnement demandait que chaque phrase soit relue et ruminée. Pendant trois jours, je peinai sur un discours d’un hermétisme à couper au couteau. Il y était question de mathématiques, de physique, d’astronomie, de biologie, d’évolution, d’anatomie, de génétique, de linguistique et autres disciplines. L’auteur cherchait à démontrer comment tous les phénomènes obéissent aux lois universelles exprimées par l’hébreu.
Si c’était éblouissant, je ne m’en aperçus guère. Aveuglant plutôt. Fascinant aussi. Un concept original avait piqué la curiosité de la diététicienne que je suis L’évolution des espèces y était déchiffrée de manière inattendue. L’auteur voyait une signification extraordinaire au fait que deux sortes d’animalité se soient distinguées, à partir de la position relative des systèmes digestifs et nerveux. L’home apparaît du côté qui donne priorité à la tête sur l’estomac.
De ce pavé monumental devenu à mon chevet le tourment nocturne, trois jours plus tard, je n’avais toujours rien extrait qui intéressât mon travail sur l’argile.
Journaliste, j’ai tendance à demander à l’interview des facilités que ne donne pas la lecture. Autant s’adresser directement à la cabaliste, n’en déplaise à la libraire dont je pensait qu’elle se gonflait d’importance en faisant obstacle.
Pourtant, elle m’avait passé un coup de fil rapide ? C’était pour me demander l’orthographe exacte de mon nom. Je ne m’attendais aucunement, lorsque je la rappelai au téléphone, qu’au premier mot elle m’annonce un rendez-vous pour le lendemain à vingt heures. Nous devions y aller ensemble. Le pus sage était de nous retrouver au magasin.
Ce jour-là, vendredi 5 avril 1985, j’avais prévu d’aller à l’institut de beauté pour un soin complet. Lorsque j’en sortis, je n’avais plus le temps de repasser chez moi pour me changer.
Les cheveux tout gras des crèmes de massage, le pantalon japonais froissé, fatiguée par ma journée de travail,-ma santé restait chancelante- j’étais dans un état lamentable. Cette présentation en correspondait aucunement à mon habitude. Dans ma profession, la féminité constitue un atout. La séduction joue son rôle dans l’art de faire parler.
Christiane me donna l’adresse où me rendre, précisant que Mme Aimel Helle nous recevrait chez son fils. J’arrivais à l’heure, devant un bel immeuble de construction récente donnant sur une calme avenue boisée d’un quartier chic. Au deuxième étage, la porte s’ouvrit sur un « Bonsoir ! » chaleureux. Une forte femme, en robe aubergine, chignon strict, maquillage impeccable, nous accueillit. Elle souriait, projetant un rayonnement à la fois rude et gai autour d’elle. Je m’attendais à une personnalité monastique pas du tout à une élégante bourgeoise aux oreilles bijoutées.
« Entrez », insista-t-elle en nous poussant vers une vaste pièce qui aurait pu être la salle à manger d’un couvent. De grands meubles cirés, d’une authentique ancienneté, contrastaient harmonieusement avec d’imposantes toiles modernes dont l’abstraction poussait le dénuement jusqu’à se passer de couleurs.
Le couvert était mis pour trois personnes sur une énorme et lourde table.
Près des fenêtres sans rideaux, trois canapés de cuir en formation carrée entouraient une remarquable absence de tapis sur le parquet. Chacune d’entre nous s’appropria le sien. Je me préparais à mettre mon magnéto en marche dès que nous aborderions le vif du sujet. Je m’efforçais d’amener la conversation vers mon thème, surprise de voir que personne ne m’y aidait. Il me fallut y aller d’un bon coup de décision.
-L’argile ? Je n’y connais absolument rien, me fut-il superbement répondu.
Alors pourquoi m’avait-elle reçue ?
J’avais pourtant précisé le motif qui m’avait inspiré d’aller à sa rencontre. Elle s’en souciait bien peu. Elle nous conviait à passer à table. Un dîner ! Ce n’était pas prévu ! Pamplemousses, tajine d’agneau au miel et aux amandes, gâteau de noix, excellent bordeaux. Improvisé, assura-t-elle avec une gaillardise paysanne.
Une invitation de ce style, avec un menu pareil ne pouvait que m’effrayer. A l’époque, je me soumettais à une diététique féroce : pas de viande, pas de sucre, pas d’alcool, le moins de mélanges possibles. Comment refuser l’hospitalité de cette femme ?
J’étais venue le voir sur la pointe des pieds tant son envergure m’impressionnait. J’eus l’audace de repousser la viande, le vin et le gâteau. Elle ne broncha pas. Je me sentais comme une petite fille le jour de la rentrée lorsqu’elle rencontre sa nouvelle maîtresse. Je scrutai son visage. Son faciès d’ndienne- valable aussi bien pour les Indes que pour les Amériques-aurait supporté le sari tout autant que le harnachement à plumes. L’éclat de sa peau ambrée avait une jeunesse qui contrastait avec l’épaisseur de sa taille et l’auréole argentée des cheveux.
Les yeux, les coins de la bouche, les narines, les oreilles s’étiraient en un sourire qui servait de lifting. Lorsqu’elle se leva, je remarquai qu’elle boitait.
Pendant toute la soirée, nous avons parlé à bâtons rompus, du moins ce fut mon impression. Elle aurait pu être ma mère. Mais elle me racontait comme à une copine des épisodes intimes de sa vie. Vers eux heures du matin, sur le trottoir, après avoir à la demande échangé nos numéros de téléphone, nous nous sommes séparées. C’était le vendredi saint. Mon père s’il avait vécu, aurait fêté son soixante-sixième anniversaire à l’occasion de cette pleine lune. La nuit sur Paris brillait sous le vernis d’une lune parfaitement ronde.
Le lendemain, je ruminai toute la journée la sensation désagréable d’avoir participé à une rencontre différente de ce que j’avais cru. Quelque chose m’avait échappé. Je n’avais rien compris. J’étais venue poussée par l’intérêt professionnel, j’avais passé une soirée agréable et détendue avec une femme fort aimable et j’en étais revenue en emportant la certitude qui mûrissait d’heure en heure que tout cela n’était pas normal, que la sympathie qu’elle m’avait démontrée n’avait aucune raison d’être. Curieusement j’éprouvais pour elle une énorme et confortable attirance. Toutes choses qui s’avéraient déplacées, excessives, compte tenu de la différence d’âge, de niveau culturel et, apparemment de style de vie. Je n’ai ni l’air ni les manières d’une bourgeoise du VII° Arrondissement. Tout cela me tracassait au point de ne pouvoir travailler. Le soir, n’y tenant plus, j’osai appeler malgré l’heure tardive. Je m’empêtrai dans une phrase d’excuses, avouant à la fois ma gène et mon inquiétude.
-Je me suis occupée de votre argile, me fut-il déclaré.
Elle avait sondé le mot en Hébreu et le matériau en physique. Mais c’est moi que cela n’intéressait plus. Je voulais savoir autre chose. Je ne savais pas quoi, mais j’avais l’impression qu’elle, elle le savait.
Elle proposa de me rendre visite le lendemain. Le hasard voulait qu’elle fût invitée à déjeuner sur une péniche amarrée sur les quais, tout juste en face de mon immeuble. Elle viendrait à cinq heures.
A l’heure pile, la sonnette retentit. D’emblée, la conversation s’élança sur un registre inattendu. Elle commença par me dire qu’elle m’avait reçue à cause de mon nom.SKAWINSKA lui avait fourni une information Sourde à l’idée qui se proposait, je fis observer que, sur mon passeport je m’appelais SKAWINSKI
Ce nom polonais m’a habituée à donner des explications orthographiques chaque fois que je me présente. Personne ne le comprend d’emblée. Je dois l’épeler. Et consacrer quelques minutes à égrener une morne litanie servant à préciser que je suis française, catholique et non juive, que je ne parle aucune langue slave et qu’à ma majorité j’ai joué à la polonaise, substituant un « A » féminin au « I » paternel selon une coutume qui n’est pas reconnue par l’état français en sorte que mes papiers officiels annonce « SKI » là où je me proclame « SKA », ce qui laisse perplexe les gens de la police, lorsqu’ils comparent ma carte grise à mon certificat d’assurances et m’oblige parfois à plaider une longue cause pour retirer un recommander au bureau de la poste…
Une geste brusque de la main m’interrompit.
-Pour moi, c’est bon des deux façons.
-Vous ne pouvez pas le comprendre
-Je peux toujours comprendre ce que mon nom veut dire.
-C’est le cas, oui c’est le cas.
-Quel cas ?
-Le vôtre.
J’étais vraiment désorientée.
-Et le « ski » alors ?
-Je me contente de c’est le « cas ».
-Pour faire quoi ?
-Pour décider de vous accorder toute mon attention.
Il s’agissait de mon nom. J’étais intéressée. J’ai précisé que WIN en anglais signifie gagner, vaincre et que « Véronique » vient du grec « veroniki » qui veut dire « j’apporte la victoire ».
J’espère que ce sera le cas, tout à fait le cas, dit-elle avec un humour qui m’échappait.
Puis, tout à coup, comme si elle estimait que j’étais capable de supporter la mise au point, elle me parla d’une antique technique biblique consistant à explorer les noms propres. Les noms de gens que l’on rencontre pour la première fois sont toujours porteurs d’un message qu’il faut décrypter.
Elle m’avait reçue parce que mon nom lui donnait une information qui répondait à son attente.
Elle attendait une réponse, au sujet d’un certain problème. Mon patronyme la lui avait fournie.
Elle me donna quelques indications sur la manière de penser d’un initié, en se plaignant d’avoir à utiliser ce mot.
-M’agace, dans un grincement des dents qui se voulait comique. Tellement vieillot ! Pourtant, le mot est propre. Il convient à la personne qui se sert pour penser de ce qui est à l’initiale du réel. Elle m’expliqua toutes sortes de choses sur l’univers, sur la vie sur l’histoire et quand elle eut beaucoup parlé comme elle devait rentrer, elle m’invita à l’accompagner.
A minuit, elle me fit entrer chez elle. Elle n’avait donc pas sommeil à son âge ? Je la trouvais très éveillée, beaucoup trop pour moi. Une petite pièce bleu-canard, mi-salon mi-bureau, reflétait un souci d’élégance et de délicatesse qui surprenait, sans rapport avec sa personne qui s’imposait dès l’abord comme plus grande que nature. Trop étroit, trop lointain, dans ce quartier populaire et touristique du vieux paris. Elle n’était pas à sa place dans cet immeuble rongé où les poubelles traînaient dans l’entrée.
Quarante heures non-stop. Pendant quarante heures, sans manger ni dormir, assises côte à côte, emmitouflées dans une grande couverture en mohair, nous avons parlé ou plutôt, je racontais, elle expliquait. Peu à peu devant mes yeux, les événements s’emboîtaient dans le puzzle de ma vie. Alors, en un éclair, j’ai vu, j’ai compris. Les ascendances étrangères, la mort de mon père par l’hémorragie lorsque j’avais deux ans, le remariage de ma mère à un chirurgien, la révolte à vingt ans, la rupture avec la famille, la maladie, les opérations, les transfusions, pour en arriver à se demander pourquoi, au milieu de la vie.
Et voilà que, frileusement, je commençais à voir mon destin. Le fil rouge se déroulait très vite. Chaque épisode de ma destinée devenait une étape indispensable à ma progression. J’étais éblouie par la métamorphose qu’elle faisait subir à chaque séquence de mon vécu. Je m’y reconnaissais. C’était bien mon histoire qu’elle faisait magiquement resurgir de ses ombres par la seule clarté de son regard. Une histoire dont le sens était celui du sang.
Je e sentis tout d’un coup, envahie par une profonde sérénité. J’avais été plusieurs fois sur le point de mourir. J’eu la certitude qu’en ce dimanche de pâques le temps de ma renaissance était venu.
Comment se fait-il que nous ne sachions pas nous y prendre ? Qu’il n’y ait pas pour vivre un mode d’emploi connu de tous ? Pourquoi les hommes errent-ils de souffrances en déchirements ? Pourquoi ces injustices inutiles ? Pourquoi est-il si difficile que la vie ait un sens ? Pourquoi, incapables de prévoir le pire qui arrive toujours, faut-il obligatoirement se planter ? L’option matérialiste, qu’elle soit de droite ou de gauche, soulève plus de problèmes qu’elle n’en résout.
Depuis de longues années, je cherchais une doctrine capable de répondre à ces questions.
J’appartiens à cette génération tourmentée qui, faute de trouver des solutions conventionnelles, s’est tournée vers l’Orient. J’étais, comme on dit, sur la VOIE. Je l’ai avoué dans un précédent livre : je ne me suis rien épargnée. Ni recherches psychédéliques, ni voyage au Tibet, ni les disciplines sérieuses. J’ai veillé à me frotter de près à la sagesse des grands maîtres. Yoga, Zen, Shiatsu, Bouddhisme Tibétain, tantrisme blanc. Je n’ai pas oublié non plus de m’étendre sur le divan de la psychanalyse. Je suis passée de l’un à l’autre de ces enseignements dans l’espoir d’améliorer mon accès à chacun d’eux. Chaque fois, il fallait s’assimiler un langage. Pourquoi pas ? Mais de lexique sacré en glossaire secret, je n’attendais jamais l’expression claire et simple qui aurait dissous mes doutes. Toutes les sagesses traditionnelles montrent que la réponse existe, qu’elle est là, quelque part, mais elle ne la délivre pas. Toutes promettent un « éveil » dont on ne sait pas exactement à quoi il rime mais
Dont on vous dit qu’il est le but.
Qu’était-ce exactement que cet état de Bouddha que la Nature aurait eu la gentillesse de placer en moi sans que je m’en aperçoive et qui se dérobait à mon regard alors que je le saluais de cent mille prosternations ? Bien malin qui l’eut dit. On m’affirmait qu’il fallait insister, pratiquer, que l’expérience personnelle finirait par produire l’étincelle. Que la barrière du mental faisait obstacle. Qu’il fallait l’abattre, réduire son ego. Arrêter de penser. Faire silence.
Trop de mots, trop de maux !
Attendre, toujours attendre !
J’avais beau patienter, jambes nouées en lotus, genoux douloureux, la tête dans les nuages que j’appelais méditation, égrenant malas et mantras, je ne voyais toujours pas venir l’illumination. Il y avait bien eu quelques flashs, fugaces éclairs surgis au bout d’une longue ascèse. Je n’avais su ni les fixer, ni les rappeler. Ces expériences avaient tout de même réussi à me forger une certitude : quelque chose existait, qui restait à trouver !
Je ne suis pas une allumée. Un solide rationalisme m’a souvent valu les reproches d’amis plus artistes. Une tête carrée, en somme. Je souffre d’un incurable souci de comprendre. Je travaille à Paris, je gagne ma vie en déversant sur le grand public des préceptes de forme et d’hygiène, je paie mes impôts, j’aime le sport, les voyages et les jolies choses.
Pourquoi, moi qui suis chrétienne de naissance, devrais je faire appel à des cultures lointaines ?
Des techniques orientales m’ont apportée un équilibre physique et une force morale qui sont des avantages pour la vie quotidienne. Mais cela ne suffisait pas. Ce dont j’avais besoin, c’était d’une connaissance qui soit d’ici et de maintenant. Ici ? En occident, pour une femme qui travaille sur ordinateur. Maintenant ? Entre deux articles, deux avions ou deux émissions de télévision.
Voici qu’en quelques heures, en plein Paris, surgissait l’explication que je cherchais depuis toujours. La manière de parler d’Aimel Helle était inhabituelle mais dans ce qu’elle disait, je retrouvais et je reconnaissais ce que j’avais appris sans comprendre. C’était la même leçon mais différente : différente en cela que je la comprenais. Dans tous ces lieux sacrés ou s’enseignent la sagesse, le rituel voulait que l’on baise le bas de la robe du maître. Je ne m’y étais jamais renseignée. Mes prosternations au temple relevaient de la gymnastique. Pour la première fois, la doctrine – comme il est convenu de dire- m’apparaissait excitante, lumineuse, vivable.
Plus mon intérêt se tendait pour suivre le raisonnement d’AImel Helle, en cette longue nuit parleuse, plus mon esprit se détendait dans un confort qui était pour lui comme le retour au foyer. J’étais rassurée par le côté huilé de la connaissance dont elle avait la maîtrise. Des mots suffisaient à la mettre à ma portée ! J’avais enfin trouvé la clé.
Ma première réaction fut de parler de ma découverte à mes amis. Naturellement, tout le monde voulut connaître l’oiseau rare. Curieusement, Aimel Helle ne s’y opposa pas. Durant tout un mois, chaque soir après mon travail, j’emmenais à Montmartre en grande pompe un personne intéressée. En une trentaine de jours, spectateur constant et privilégié de ces entretiens avec des êtres différents, j’assistai à une exposition inouïe des principes classiques de la Connaissance, inouïe parce que jamais entendue.
Classiques parce que ces principes s’accordaient à ceux dont on m’avait toujours enseigné l’existence. La conversation changeait de couleur suivant la personnalité introduite. Madame Helle s’adaptait si vite à la particularité psychique et culturelle du visiteur que c’était un plaisir de la voir donner à la Tradition la forme qui convenait à la circonstance.
Chaque audience était l’occasion d’une grande leçon. Ces gens que j’avais introduits à cause de leur ouverture d’esprit étaient des autorités dans leurs sphères d’activités. Tous ou presque commencèrent par opposer des résistances. Avaient-ils peur de se remettre en question ?
Cependant, la plupart d’entre eux furent sensibles à la compréhension qu’avait Aimel Helle des choses de la vie car ils demandèrent une seconde audience. Qui, parmi eux, m’a conseillée de ne pas prendre au sérieux les façons de vivre de cette femme ?
Qui m’a incitée à se méfier de ses discours ? Personne. Quand je regarde dans le cercle où s’est formée le début de cette historie, je n’y vois curieusement que des gens d’accord.
Ceux qui suivirent les conseils d’Aimel Helle en recueillirent si vite les fruits qu’ils ne purent que reconnaître la valeur de ses enseignements. Une seule personne a pris la fuite, préférant préserver son amour des initiations enturbannées. C’était tout de même remarquable. Aucun des amis à qui je confiais mon enthousiasme n’a émis la moindre critique susceptible de me faire réfléchir. Pas une voix ne s’est élevée pour m’arrêter avant que je me lance dans cette aventure rocambolesque. Et si, je retourne sur moi cette même interrogation, je n’y vois qu’acquiescement et bonne volonté, une bonne volonté presque excessive tant elle était limpide et simple
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